Mamie une histoire !

Janine

Quand je suis en vacances dans le Gers je n'oublie jamais le rendez-vous du mercredi : c'est  jour de marché à Boulogne (le mien! celui qui est dans le Sud Ouest)  !

C'est l'occasion de m'immerger dans les senteurs de mon enfance, et surtout  de grappiller de savoureuses  bribes de conversations avec en prime, les expressions et l'accent rocailleux de mon Sud Ouest.

Si j'ai de la chance, je pourrai même surprendre un échange en patois gascon. C'est hélas de plus en plus rare ! Pour cela il faut d'abord que je repère un « nid » de papis « tamalou » coiffés de bérets, ou un groupe de "vraies" grand mères en deuil ou demi-deuil : vêtues donc de noir ou d'un chatoyant dégradé de gris et de mauve.

Les conversations ont presque toujours les mêmes sujets : les décès, la santé, les maladies …

Et puis en faisant la queue devant le camion du boucher, on peut en patois, se faire des  confidences intimes à demi-voix, puisque :

-Elle ne comprend rien la Parisienne !

Je traduis en français bien sûr, et la Parisienne c'est moi  et … je comprends toujours  le patois !!

Ce jour là, j'étais concentrée sur le choix d'un melon : le humant, le soupesant, tout en suivant les péripéties  de l'opération de l'appendicite du petit dernier de la dame qui me précédait. Bien sûr, « Damien lui avait fait des complications » ! Au moment précis où survenaient simultanément la poussée de température et l'infection de la plaie:

-Une infection nosocomiale ma pauvre ! Mon dieu…

J'ai été poussée sans ménagement : je devais probablement m'attarder trop longuement devant l'étal des melons. Alors que je me retournais pour exprimer mon mécontentement à la déménageuse, je me suis trouvée nez à nez avec Janine !

Au collège, non pardon au CEG nous étions dans la même classe de la 6ème à la 3ème. Janine avait un caractère bien trempé : « une brave fille, mais pas commode » comme on dit dans le Gers  enfin brut de décoffrage  quoi !

J'avoue que je ne l'ai pas beaucoup fréquentée, et je n'en suis pas très fière, elle ne faisait pas partie de notre bande, elle était bien loin de nos préoccupations de gamines superficielles sans souci.

 

.              

 

Peu intéressée par "Salut les copains" et la dernière coiffure de Sheila, elle devait surtout aider sa mère au ménage de la ferme, et la seconder auprès de ses

petits frères.         

Il n'empêche que j'étais très contente de la revoir et je tombais dans ses bras.

-Janine!

-Danièle M ? interrogea-t-elle avec un froncement de sourcils.

-Oui, tu te souviens on était dans la même classe au CEG !

-Ah ! Oui !

Je ne devais pas spécialement lui rappeler de bons souvenirs, parce qu'elle ne manifesta aucun plaisir à cette rencontre et n'allongea  pas la conversation. Au moment où elle tournait les talons, me laissant un peu déconfite, le melon dans les mains, elle s'est cependant ravisée :

-Tu es mariée ?

-Oui, et toi, tu as des enfants ? Je me réjouissais déjà  d'échanger avec Janine quelques détails sur nos vies. Sans prendre la peine de me répondre, elle a demandé très sérieusement :

-Et tu as gardé tout le temps le même mari ?

J'ai plaisanté :

-Oui, je fais partie de cette espèce en voie de disparition, et toi ?

Là non plus elle ne m'a pas répondu, et elle s'est éloignée sans un mot, le regard chargé de reproches…

Je ne sais pas  de quoi elle m'en voulait le plus : de l'avoir snobée au collège, où d'avoir gardé jusque là le même mari ?

Ah ! J'oubliais de vous dire, en payant mon melon j'ai demandé à la vendeuse des nouvelles du petit Damien, l'explication a été un peu longue, mais soyez rassuré, il va très bien.

Je suis un peu triste, jusque là, je  n'ai pas revu Janine…

 

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13/04/2010
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